Exposition LAMIA EL GUERMAI
Equilibre et harmonie
Dans un monde où la violence tend à se généraliser, l’art de cultiver l’équilibre en nous et dans notre relation aux autres devient une nécessité pour défendre des valeurs de respect, de tolérance et de reconnaissance et d’y aligner nos comportements, sans compromis, ni déviation :la solidarité, la proximité, le partage, l’amour et la convivialité sont incontestablement les plus belles manifestations d’équilibre et d’harmonie qui soient pour pouvoir vivre et s’épanouir.
D’abord, la notion d’équilibre ferait penser au cirque, aux fildeféristes, aux acrobates et pourtant la question des proportions s’ingénie à retrouver et à magnifier l’équilibre. C’est dans les contrastes et dans les jeux de symétrie et d’asymétrie que mes œuvres flattent avec rythme l’équilibre harmonieux et mettent nos sens en ébullition.
Pour moi, l’art nous aide à dépasser, la lecture utilitaire de la chose pour accéder à sa propre vérité. Avec mes représentations, j’essaie d’instaurer une alchimie des sensations où la couleur, notamment fluorescente, jouerait pour moi un rôle essentiel en agissant comme un coup de gang énergique. J’essaie également de libérer la couleur de sa fonction représentative et de son attachement au quotidien. Elle est ainsi un opérateur d’abstraction, car mes tableaux se donnent à lire comme des forces sous-jacentes et changeantes, malgré leur forme figée. C’est pour cela que je leur confère une dimension onirique, parfois surnaturelle. Le choix du portrait redonne vie à mes souvenirs, ou crée des atmosphères suspendues en m’intéressant aux postures et aux attitudes des corps. Bref, je déploie mon univers sans entraves un univers domestique doux-amer selon une logique dualiste : bien # mal ; beau # laid ; jeune # vieux ; homme # femme ; ombre # lumière ; clair # obscur.
Et si la réalité est un songe chaotique, seul l’art permet de regarder l’équilibre et l’harmonie du monde : l’équilibre concerne la quantité ; la pesanteur, les rapports de force alors que l’harmonie implique la qualité et la convergence de ces qualités vers une fin commune. Etre au sens heideggérien signifie stabilité mais aussi épanouissement interne et permanence. Ma peinture semble être à la recherche de ce double sens en étant moi-même hors du monde, dans une perpétuelle transgression de ses limites. C’est un écart entre les perspectives qui me permet de jouer avec l’idée de la représentation et du redoublement de la présence. Sommes-nous dans un songe où le monde est envisagé à l’envers ? Ou assistons-nous à une vision du dedans, une vision de ce qui tapisse intérieurement la chose représentée dans une œuvre délicate et engagée ?
Enfin, mon art n’est qu’une manière de cerner un vécu mis au service d’un réalisme magico poétique. Je restitue la pulpe de la vie dans des situations symboliques.